Une commune au nom historique
Blegny est un nom de commune depuis les fusions de 1977. Aucune des six anciennes communes (Barchon, Housse, Mortier, Saint-Remy, Saive, Trembleur) ne s'appelait ainsi. Ce n'était pourtant pas un nouveau nom : un hameau de Trembleur le portait et gagnait en importance. Cartes postales et cachets postaux en font fois dès 1900. À quel rythme ? Remontons un peu le temps pour l’indiquer : la voie vicinale desservant le hameau (dès 1907), une petite église attirante puis une grande église (consacrée en 1897), une Jeunesse distincte de celle de Trembleur (née en 1880), la Halle de Justice (bâtie en 1699). D'où le surnom de « Grand Blegny » lors de la fusion de chez nous.
Remontons jusqu’en 966, ou plutôt à l’origine de la rue Entre-deux-Villes. Pas deux villes au sens de Aachen et Liège. Deux villas au sens romain de domaine agricole. Un domaine, Supiniacum, à Sougné. Un domaine, Blaniacum, vers le haut de Gobcé. Supinus signifie pente et le -iacum dote la pente d’une ferme. Blanius était quelqu’un : un agriculteur, propriétaire du deuxième domaine. Un « citoyen romain », comme osent l’affirmer les Jeunes de Blegny qui ont donné son nom à leur bière, la Blanius ? L’historien Joseph Schnackers (1901-2003) n’a pas osé remonter plus haut que sa source, lorsque « Blaniaco » lui est apparu dans la charte aixoise de l’empereur Otton Ier, datée de 966. Dans les chartes antiques puis médiévales, les villas ne sont pas nommées selon celui qui en est le vivant propriétaire à leur date, mais comme le fondateur du domaine une bonne fois pour toutes, sinon cela changerait trop et on ne s’y retrouverait plus. En latin classique, il y avait Blaniacum au nominatif et Blaniaco à l’ablatif, avec le second cas nettement plus fréquent dès qu’il s’agit d’actes officiels remplis de listes. En latin déclinant, Blaniaco a fini par remplacer Blaniacum dans tous les cas. Ce qui nous ramène vers 966 en ayant remonté jusqu’entre les IIe et IVe siècles de notre ère, donc de la Rome impériale, quand furent fondées les deux villas.
De Blaniaco à Blegny, il y a encore du chemin qui commence par une sortie du latin. Joseph Schnackers l’a retracé en vieux français : Blanies en 1082, Blagees en 1339, Blainies, Blangheis en 1386. Et ensuite, dans les registres des cours de justice : « blangneys, en 1461 ; blengneis, en 1480 » ; « blagneis, en 1503 ; blengney, en 1505 » ; « blengnis, en 1549 » ; « blegnez, en 1564 » ; « blengneis ou blegneits, en 1566 ; bleigneis, en 1572 » ; « blegnyes, en 1597 ». Ensuite, couramment, « Bleigné ou Blegné ». Et « enfin vers le début du XIXe siècle, le nom se cristallise en sa forme définitive […] : Blegny, forme francisée. »
L’histoire pourrait s’arrêter ici. Notre Blanius, le premier Blegnytois, n’était pas le seul. D’autres Blanius ont donné Blannay, Blaignac, Blagny en France, et Blonay en Suisse, tout simplement. Le nôtre a eu le don de nous donner Blegny sans accent et Blégny avec accent ! Blegny ou Blégny, là est la question ? On raconte encore que l’accent aigu n’est qu’une coquille administrative apparue au moment des fusions, et qu’il faut être non-Blegnytois pour orthographier aussi mal. Le précédent de Malmedy faisait rêver des Blegnytois très affirmatifs, très ablatifs. Dont l’historien Joseph Schnackers, qui militait pour l’ablation de l’accent à l’approche de ses cent ans. La Commune lui a fait ce cadeau de centenaire, par un vote de mai 2001 validé par la Région : officiellement, on est passé de Blégny à Blegny ! Après cela, est-il encore permis de douter de l’inauthenticité de l’accent retiré ? Des documents authentiques prouvent que, lors des Pâques 1962 – deux mois après le premier vol orbital de John Glenn – , la joyeuse pièce de théâtre de la Jeunesse de Blegny s’intitulait précisément : Sur Orbite Blégnytoise !
Pas de quoi aller jusqu’à appeler notre site « Blégnystorique » au moment du lancement et après ! Ce serait trop lunaire…
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Gest. Blegnystorique
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Alain FAFCHAMPS
Alain FAFCHAMPS